My computer recently crashed and as I was restoring my files, I came across an article I wrote for Les Echos, a French financial paper similar to the Financial Times, in March 2001. I felt compelled to reproduce it now as the tone clearly captures the aspirations, ethos and dreams many of us had during the bubble and the lessons we learned or chose not to learn as we continue to dream about changing the world.
Apologies for the article being in French.
© Les Echos n° 18360 du 12/03/2001 p. 123
LE POINT DE VUE DE
Fabrice Grinda, fondateur d’Aucland
Les tribulations d’un enfant de l’Internet
Il arrive de passer sa vie sans jamais Ăªtre au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes compĂ©tences pour Ăªtre en mesure de profiter d’une opportunitĂ© extraordinaire qui se prĂ©sente Ă nous. Une partie de ma gĂ©nĂ©ration, la gĂ©nĂ©ration Y (pour Yahoo!), reprĂ©sentĂ©e par les personnes Ă¢gĂ©es de 20 Ă 35 ans, vient d’avoir cette opportunitĂ©.
Nous sommes les enfants de l’informatique. Nous avons donc Ă©tĂ© les mieux placĂ©s pour crĂ©er ou participer Ă la rĂ©volution Internet. Nous Ă©tions suffisamment jeunes pour prendre le risque de devenir entrepreneurs, et suffisamment Ă¢gĂ©s pour en avoir les moyens. Nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un accès au capital sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire rĂ©cente des marchĂ©s financiers. La bulle spĂ©culative que nous avons connue est une rĂ©miniscence des bulles spĂ©culatives sur les tulipes en Hollande au XVIIe siècle ou de celles qui ont suivi l’introduction du tĂ©lĂ©graphe et de la radio aux Etats-Unis aux XIXe et XXe siècles. En explosant, ces bulles ont dĂ©truit de la valeur pour leurs financiers mais ont créé des nouveaux pans entiers de l’Ă©conomie. Leur excès et leur raretĂ© marquent les esprits. La bulle spĂ©culative que nous venons de connaĂ®tre n’est pas prĂªte de se rĂ©pĂ©ter, du moins sur des mĂ©tiers que nous maĂ®trisons (quelqu’un connaĂ®t-il une formation accĂ©lĂ©rĂ©e en biotechnologie ?).
Nous nous sommes donc lancĂ©s dans Internet par opportunisme, par goĂ»t d’entreprendre, et par volontĂ© de crĂ©er ou de participer Ă une rĂ©volution industrielle. Quelques-uns d’entre nous ont eu la chance de s’enrichir matĂ©riellement. La plupart se sont uniquement enrichis intellectuellement. MalgrĂ© les excès dĂ©criĂ©s de l’opportunisme, nous aurions Ă©tĂ© stupides de ne pas profiter de cette rĂ©volution pour tenter de nous enrichir. Plus jamais l’opportunitĂ© de gagner autant d’argent aussi vite ne se prĂ©sentera Ă nous.
Mon expĂ©rience personnelle est symptomatique. Pris dans l’euphorie du moment et dans mes rĂªves de conquĂªte de l’Europe, j’ai malheureusement manquĂ© de bon sens. J’ai choisi de crĂ©er ma sociĂ©tĂ© Internet pour plusieurs raisons. Après deux ans chez McKinsey oĂ¹ j’avais Ă©normĂ©ment appris, j’Ă©tais sĂ»r de ne pas avoir pour vocation d’Ă©crire la prĂ©sentation Powerpoint parfaite. Ayant Ă©tĂ© entrepreneur parallèlement Ă mes Ă©tudes, l’indĂ©pendance et la gratification d’avoir un impact sur le devenir de l’entreprise, de la voir grandir et d’influencer son destin me manquaient. Certains de mes amis avaient dĂ©jĂ rĂ©ussi sur Internet aux Etats Unis, et j’avais l’impression de passer Ă cĂ´tĂ© d’une opportunitĂ© unique. Finalement, Ă vingt-trois ans, j’ai considĂ©rĂ© que je n’avais rien Ă perdre. Au pire, j’allais apprendre quelque chose. Si je ne prenais pas le risque de devenir entrepreneur aujourd’hui, je ne le deviendrais peut-Ăªtre jamais. Je ne voulais pas attendre d’Ăªtre mariĂ© avec des enfants pour dire un jour Ă ma femme : « Aujourd’hui j’ai quittĂ© mon emploi, vendu l’appartement, et pendant les trois prochaines annĂ©es je vais travailler 80 heures par semaine pour une sociĂ©tĂ© qui a 95 % de chances de faire faillite. »
J’ai donc quittĂ© McKinsey pour crĂ©er Aucland en juillet 1998. J’ai commis plusieurs erreurs. Nous avons lancĂ© le site en avril 1999, après nos concurrents. La première erreur a Ă©tĂ© de croire que nous devions dĂ©velopper notre propre logiciel, techniquement supĂ©rieur Ă ceux de nos concurrents, pour maĂ®triser notre montĂ©e en puissance et dĂ©montrer aux capital-risqueurs notre capacitĂ© Ă exĂ©cuter un projet. Nous aurions dĂ» acheter un logiciel pour nous lancer rapidement, et dĂ©velopper notre logiciel en parallèle. MalgrĂ© cela, nous nous sommes Ă©tablis rapidement comme un des acteurs principaux du marchĂ© français car nous Ă©tions mieux structurĂ©s et avions pensĂ© plus grand que la plupart de nos concurrents.
C’est en juin 1999 que j’ai commis ma plus grosse erreur. Quatre mois après notre lancement, onze mois après la crĂ©ation de la sociĂ©tĂ©, s’est prĂ©sentĂ© l’opportunitĂ© de la vendre pour près de 100 millions de francs. Je dĂ©tenais 75 % de la sociĂ©tĂ© qui avait 20 employĂ©s, 20.000 clients et pas de chiffre d’affaires. J’ai refusĂ© parce que je pensais que l’acquĂ©reur ne nous donnerait pas les moyens de gagner face Ă QXL et iBazar, qui avaient levĂ© des sommes considĂ©rables. Si j’avais eu un tant soit peu de bon sens, je n’aurais jamais refusĂ© ce genre de proposition pour quatre ans de travail (j’aurais eu une obligation de trois ans de travail chez l’acquĂ©reur). Nos concurrents Ă©taient bien armĂ©s, ce qui rendait risquĂ©e l’opportunitĂ© de continuer tout seul sur un marchĂ© qui est par nature monopolistique. Par orgueil et mĂ©galomanie, j’ai prĂ©fĂ©rĂ© prendre le risque de partir Ă la conquĂªte de l’Europe plutĂ´t que de prendre en considĂ©ration le caractère Ă©phĂ©mère des conditions dans lesquelles je me trouvais…
Depuis, j’ai Ă©normĂ©ment appris. J’espère, bien sĂ»r, Ăªtre un jour de nouveau dans une situation similaire pour ne pas faire les mĂªmes erreurs. Au moins, cette bulle spĂ©culative a créé une gĂ©nĂ©ration d’entrepreneurs en Europe. Ayant goĂ»tĂ© aux joies de l’entreprenariat, certains d’entre nous n’en reviendront pas. Nous sommes inemployables, incapables de travailler dans des sociĂ©tĂ©s bureaucratiques avec de nombreux jeux politiques. Nous serons les prĂ©curseurs des changements et nous crĂ©erons la sociĂ©tĂ© Ă©conomique de demain. Cela nous prendra juste plus de temps et sera moins lucratif que prĂ©vu. Ce n’est pas très grave, ayant gardĂ© une pointe de mĂ©galomanie, nous pouvons encore rĂªver de changer le monde !